Fermeture exceptionnelle de la jonction Nord-Midi, la « partie émergée » d’un vaste programme dédié à la sécurité - 29/04/2017

Ce week-end prolongé du 1er mai, le trafic est interrompu entre les gares de Bruxelles-Nord et de Bruxelles-Midi ; soit au cœur du réseau ferroviaire belge. Inédite depuis plus de 30 ans, une telle interruption est indispensable afin de finaliser dans un délai très court –  donc en limitant l’impact pour les voyageurs – la modernisation de la signalisation de Bruxelles-Midi.

Un nœud ferroviaire moderne, sûr et fiable

Inaugurée en 1952, la jonction « Nord-Midi » constitue le cœur du réseau ferroviaire belge. Chaque jour de semaine, ses 6 voies sont empruntées par près de 1200 trains du service intérieur mais aussi du trafic international. Cela en fait l’un des tunnels ferroviaires les plus utilisés du monde ; un tunnel qui – malgré son âge et de lourdes contraintes – répondra bientôt aux exigences actuelles, tant en matière de fiabilité que de sécurité d’exploitation.

C’est en 2013, que les équipes du gestionnaire de l’infrastructure ont entamé l’ambitieux chantier de modernisation de la signalisation qui, sur les 3,6 km qui séparent gare du Nord et gare du Midi, permet de réguler le trafic ferroviaire. D’ici fin 2019, la technologie encore essentiellement électromécanique (dite « tout-relais ») sera totalement informatisée (technologie dite « EBP/PLP »). Les avantages ? Tout d’abord une plus grande fiabilité. La plupart des composants de cette nouvelle technologie sont dédoublés. Lorsqu’une panne survient, la cabine de signalisation peut ainsi basculer vers le système de secours, ce qui diminue la durée de la perturbation et donc les conséquences pour les voyageurs.

Ce saut technologique améliore aussi considérablement la sécurité grâce à une supervision totalement informatisée du trafic. Ces travaux sont en outre un préalable à la mise en œuvre du système de contrôle permanent de la vitesse des trains « ETCS » (European Train Control System) qui doit être totalement opérationnel sur le réseau d’ici fin 2022 (et mi-2022 dans la jonction) et à la concentration de la commande de la signalisation de « tout Bruxelles » dans une seule nouvelle cabine.

Une « première » depuis plus de 30 ans

Une interruption totale du trafic dans ce nœud ferroviaire ne s’était plus produite depuis plus de 30 ans. Travailler par phase, en limitant par exemple la circulation à 4 des 6 voies pendant plusieurs semaines aurait certes permis de maintenir le trafic mais aurait aussi engendré des retards quotidiens à des centaines de trains… et pendant une longue période.

Le choix qui a été posé d’interrompre totalement le trafic pendant 3 jours permet aux équipes de mener à bien toutes les tâches en un temps-record et en limitant les répercussions pour les usagers, grâce à la mise en œuvre d’un plan de transport adapté.

Les 200 personnes mobilisées 24h/24 vont procéder au remplacement de 37 feux de signalisation et de la commande motorisée de 87 aiguillages situés entre la sortie de la gare du Midi et l’entrée du tunnel (gare de Bruxelles-Chapelle). Une fois cette prouesse accomplie, les indispensables tests de sécurité (plus de 80 parcours à l’aide de deux locomotives) seront réalisés afin de rétablir le trafic, en toute sécurité, pour les premiers trains du mardi matin.

Tout ceci a été rendu possible grâce à un gigantesque travail préparatoire incluant, entre autres, le tirage de 150km de nouveaux câbles et l’installation, le long des voies, de 12 loges hébergeant une partie des systèmes informatiques.

Un chantier de 5 années mené le week-end et de nuit

Ces travaux sont en quelque sorte la partie émergée de l’iceberg. Car depuis plusieurs années un chantier beaucoup plus discret est en cours dans le tunnel « Nord-Midi ». Menés principalement de nuit ou le week-end (soit lorsque le trafic est allégé) ces travaux n’ont pratiquement aucune répercussion sur la régularité des trains de voyageurs.

C’est en 2014 qu’Infrabel a confié à sa filiale TUC RAIL, spécialisée en ingénierie ferroviaire, le programme « P300 » de sécurisation de la jonction. Objectif ? Atteindre, dans la jonction, les exigences actuelles en matière de fiabilité et de sécurité. En concertation étroite avec le SIAMU (services de secours) de Bruxelles, 3 nouveaux accès de secours ont ainsi été aménagés. La jonction en compte désormais 5. Par ailleurs, quelque 12km de fibres de détection automatique d’incendie ont été installés et 4km de nouvelles conduites d’eau (avec 8 alimentations distinctes pour assurer un très haut débit) sont en cours d’installation. Au rang des nouveaux équipements de sécurité, on comptera aussi 80 téléphones de secours, 15 armoires dotées de matériel d’urgence pour les pompiers ainsi que 30 chariots pliables destinés à transporter du matériel. Enfin, 1200 appareils d’éclairage/éclairage de secours remplaceront l’éclairage existant et 67 caméras (dont 22 spécialement dédiées au repérage des intrusions) seront installées.

Des travaux de maçonnerie sont également en cours de finalisation : des murs résistants au feu (8500m² de surface totale) sont érigés afin de séparer les 3 pertuis qui constituent la jonction. Couplé à un nouveau et puissant système de ventilation, ce compartimentage permettra de désenfumer le tunnel en canalisant les fumées vers d’immenses hottes d’aspiration. Il évitera aussi qu’un éventuel incendie se propage aux pertuis adjacents (et à leurs équipements).

Enfin, afin de faciliter l’évacuation des voyageurs en cas d’incident, plus de 11 kilomètres de chemin de service ont été posés. Ils couvrent les caniveaux contenant l’ensemble des nouveaux câbles de signalisation et d’alimentation.

Les travaux de modernisation de la jonction « Nord-Midi », qui ont aussi inclus un renouvellement complet de la caténaire (alimentation électrique des trains) et des voies, s’achèveront fin 2018. Ils auront coûté environ 200 millions mais permettront de considérer qu’au cœur du réseau ferroviaire belge, comme ailleurs, la sécurité est optimale.